Un paysan et un élu dans le vent
Les énergies renouvelables et notamment l'électricité éolienne sont des sujets très prisés des médias. Pourtant, en France, les vœux pieux sont encore trop souvent de mise. L'éolien c'est bien, c'est écologique, tout le monde est pour, mais pas chez soi, plutôt chez le voisin. Notre pays, bien que possédant le deuxième gisement éolien européen (derrière la Grande-Bretagne) est très largement distancé par l'Allemagne. Les allemands produisent près de cinquante fois plus d'électricité éolienne que les français (soit, respectivement, environ 15 000 MW contre 300 MW). Les démarches administratives et le nombre d'autorisations nécessaires sont impressionnants. Malgré cet état de fait, un paysan et un élu de l'est de la France ont décidé de relever le défi. Nous les avons rencontrés, ils témoignent.


François Pélissier est maire adjoint de Nancy, chef d'entreprise et croit en l'éolien. Il est à l'origine du projet "Le Haut des Ailes" à Igney (54), entre Lunéville et Sarrebourg. Ce site, composé de trois parcs d'éoliennes, évitera, dès la mi-2005, le rejet de 45 000 tonnes de gaz carbonique par an dans l'atmosphère. Il permettra de produire 64 millions de kWh, ce qui correspond à la consommation de 40 000 habitants. Son parcours pour créer Le Haut des Ailes est celui du combattant  : marché peu mûr, producteur historique d'électricité peu amène, démarches, enquêtes publiques et contraintes n'ont pas manqué. Le dynamique adjoint au maire a dû convaincre 40 propriétaires fonciers, ainsi que les communes et animer un comité territorial de concertation pour mettre tous les acteurs d'accord. Il a fallu aussi répondre aux attentes et aux peurs des chasseurs, de la population ou des défenseurs des oiseaux. Face à la nouveauté, des peurs quasi irrationnelles peuvent se réveiller : Est-ce que les vaches ne vont pas diminuer leur production de lait ? Les éoliennes provoquent-elles des crises d'épilepsie ? Provoquent-elles des ondes dangereuses pour la santé ? Toutes les études ont été lancées en même temps afin d'aller vite et de ne pas laisser le projet se déliter. Le résultat est une réussite, après 15 mois seulement, qui a le mérite d'avoir mis tout le monde d'accord ou presque. Le secret du Haut des Ailes, indique François Pélissier, c'est d'avoir vu le projet comme une véritable opportunité de développement local (emplois, taxe professionnelle pour les communes) et d'avoir mis tous les acteurs en synergie en même temps, dans la transparence, avec un gros effort de communication pour anéantir les idées reçues.
L'une d'entre elles, répandues par des associations antiéoliennes, est la forte mortalité parmi les populations d'oiseaux. Si l'impact sur les espèces est sensible, comme l'indique Julien Soufflot, représentant de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, il reste toutefois limité. Les oiseaux contournent et parfois survolent les éoliennes, car ils sont perturbés par leur mouvement. C'est pourquoi les champs d'éoliennes ne doivent pas se situer dans les couloirs migratoires. La vitesse des pales, lente, engendre très peu de mortalité parmi les oiseaux (quelques unités par an et par éolienne).



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